Dans les rades sordides du port de la Nouvelle-Orléans, on s’attend à croiser une faune plus ou moins hostile, mais certainement pas un blanc-bec comme C.W. Stoneking. Assis là, dans les volutes de tabac avec seulement son banjo et quelques cuivres, le gusse donne de la voix au milieu d’une clientèle de créoles, cajuns et autres autochtones. Combien a-t-il bien pu écluser de barriques de tordboyaux pour avoir la voix aussi granuleuse ? On le jurerait tout droit venu du Delta du Mississipi ? Il est pourtant australien, et son blues, vieilli à la main avant que le temps ne s’en charge, sonne comme il y a presque un siècle. Terreux comme une route qui traverse la plantation de coton, et droit dans la mâchoire comme une rixe alcoolisée.